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Au bord d’un petit seuil rocheux à flanc de coteau, légèrement en retrait vers l’orient, le château de Varey fait très visiblement face à ses voisins de la rive droite de l’Ain, veillant depuis les temps de la féodalité sur les vallées du Riez et de l’Oiselon. Tel qu’il est aujourd’hui, l’édifice est le fruit de la restauration débutée en 1858 par Barthélemy Noé DERVIEU sur les ruines laissées par la Révolution, après que son père eut été guillotiné à Lyon le 26 janvier 1794. Néanmoins, l’ancienne forteresse avait déjà subi plusieurs transformations au cours des XVIe et XVIIe siècles. Antérieurement encore, nous nous ne connaissons que bien peu de choses.

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Plusieurs auteurs se sont attachés à déterminer l’origine du toponyme « Varey » : rapport avec l’eau ou nom d’un propriétaire romain. Plus récemment, le patronyme Varey a donné son nom à la Combe Jean Varey, vers Hauterive ; le nom Varey pourrait aussi être tirée du mot teuton vari, qui signifiait défense1.

La plus ancienne attestation concernant « Varey » fut mentionnée par Samuel Guichenon dans son Histoire de la Bresse et du Bugey, 2-2 page 24 : en 1157, Pontius de Vareyo Monachi S. Sulpicii – Ponce de Varey, religieux de St Sulpice. Puis la mention de la Tour de Varey apparaît dans l’accord et composition fait par-devant l’Évêque de Genève pour les droits de parcours des troupeaux des chartreux de Meyriat, en 1213 : … per turrem de Varei usque ad Sanctum Cyricum, & de Sancto Cyrico usque ad Quusancien – … par la tour de Varey jusque vers Saint Cyr, et du haut de Saint Cyr jusque vers la Cozance, rivière séparant les aires des pâturages de Saint Sulpice et de Meyriat.

À la fin du XVIe siècle la guerre sévissait entre Henri IV et le duc de Savoie Charles-Emmanuel. En 1595 le maréchal de Biron franchit la rivière d’Ain et ravagea la plaine entre Poncin et Grolée, avant de se retirer. Les terres du mandement de Varey ne furent pas épargnées, en 1603 elles gardaient encore les stigmates de ces saccages. Il est même dit que Biron assiégea la forteresse de Varey2.

Le baron Raverat écrivit sur ce sujet3, comme sur tant d’autres, une histoire dont il est difficile de démêler la part réelle de celle relevant de la légende :

… le château était mal approvisionné la garnison ne se composait que de quelques vassaux, commandés par une femme, la dame Sébastienne de la Chambre, veuve du comte de Brandis. Cette héroïne opposa néanmoins une si vigoureuse résistance que, las de canonner la place, Biron se borna à l’investir, pensant la réduire par la famine. Mais bien que presque au dépourvu de vivres, la comtesse de Brandis en faisait passer aux assiégeants, comme pour leur montrer que la place en était complètement fournie. Trompé par cette ruse, et ne se souciant pas de s’arrêter davantage devant ce château, Biron offrit à cette dame une capitulation honorable, sous la condition que les murailles ne pourraient être réparée.

Ruines de Varey-1830-Lithographie_C_Marmorat_Lyon.jpg

Ruines de la citadelle de Varey - Lithographie de C. Marmorat-Lyon-1830

Sans toutefois en connaître les circonstances exactes du déroulement du siège, un extrait d’obligation4 atteste que la famille Bergeron se voit gratifiée d’un prêt accordé par vénérables Péronne d’Ugnye5, Jeanne et Françoise de Marsonnas, religieuses à Salette6, en dédommagement de services rendus pendant la campagne de Biron.

… A scavoyr la somme de quarente quatre livres et cinq sols tournois pour cause de vray juste et amyable prestz à eulx cy devant faict à leur bezoingz comme ils en confessent pour payer partie de leur querelle de la compagne faicte audict Varey l’année nonante cinq avec Monsieur de Biron dont s’en contenptent quictent avec pact de ne leur en jamais rien demander à peyne de tous dommages.

Jadis, le village de Varey était confiné à l’intérieur de l’enceinte fortifiée et constituait un bourg, au sens de la définition qu’en donne l’Académie française en 1694 : « Assemblage de maisons ordinairement fermé de murailles ».

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Au XVIIe siècle, les murs d’enceinte circonscrivaient, outre le château et des dépendances, une chapelle et quelques maisons, dont celle dite de Dallivoy7, des granges, des chazaux ou places à bâtir et plusieurs jardins, appartenant à divers roturiers. Les actes notariés s’y rapportant situaient et confinaient ces immeubles dans le Bourg de Varey. Pour exemple : lorsque Messire Joachim de Beaurepaire amodie à Claude Devaux dit Guantin, laboureur de Varey, une chènevière lui appartenant, il la situe « proche la porte du Bourg dudit Varey, se confinant de bize par le chemin qui joint les fossés dudit Bourg… avec la place ou chintre qui en dépend »8.

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La desserte serpentant entre les bâtiments composant le bourg était qualifiée de rue, non de chemin ou de charrière, vocable utilisé pour les voies traversant les villages du mandement. Tous ces chemins ainsi que les petites rivières étaient propriétés du seigneur du lieu : il en avait la responsabilité de la gestion. Le terme de chasteau se rapportait seulement à l’habitation du seigneur et la prison ; les dépendances comprenaient des bâtiments communs séparés, tels la cuverie, les escuries, etc. À l’extérieur des murailles de Varey s’éparpillaient ça-et-là de petits groupes de bâtiments fermiers, ou mas, portant les noms de leurs occupants : tels le mas Richerod, sis au quartier du Rual de Varey, le mas Dubouet, le mas Buliffon, près du four sous la muraille occidentale, le mas Bergeron, dont on a conservé le lieu dit chez Bergeron, le mas Bouet, etc. On était par conséquent très loin de la densité urbaine actuelle qui ne s’amorça qu’au XIXe siècle, un bourg se développant considérablement à l’extérieur des murailles. Dès lors, pour éviter la confusion des lieux, on modifia le vocabulaire : le Bourg désigna le nouveau village, la ville les maisons situées dans la citadelle. Puis, au XIXe siècle, Noé Dervieu racheta progressivement tous les biens compris à l’intérieur des remparts, fossés inclus, formant ainsi la propriété du château de Varey. Depuis cette époque l’accès à l’intérieur de l’enceinte est réservé aux propriétaires.

Entretien, réparations et transformations

Dans quel état Biron laissa-t-il réellement Varey ? En l’absence d’archives : impossible de le dire. Les traces contractuelles n’y apparaissent qu’à la seconde moitié du XVIIe siècle. Durant plusieurs décennies la justice n’avait jamais pu trancher parmi les héritiers prétendants qui était propriétaire. Cette incertitude dissuada probablement les occupants à s’investir dans un bien qui pouvait leur échapper à tous moments, ne réalisant que le minimum nécessaire.

Le premier marché connu est celui de l’entretien des couverts, passé par François de Beaurepaire en 1666.

Prisfaict9 entre le seigneur baron de Varey & Jean Noton10
L’an mil six cens soicxante six, et le vingtneufiesme jour du moys d’aoust, après midy, pardevant moy notaire royal soubzsigné, et en présence des tesmoins cy bas nomméz, establis en leurs personnes, Messire François de Baulrepaire11, seigneur & baron de Varey Ognia etc, d’une part, et Jean Noton maître recouvreur de Poncin d’autre, lesquels de leur bon gré & franche volonté, ont faict le marché que sensuit, savoir que ledit Noton promet de remanier12 bien et deument à dicte d’expertz, tout le couvert du château dudict Varey, sans aucune exception que de l’escurie, ce qu’il promet de rendre faict et parfaict dans la prochaine feste sainct Michel, moyennant le prix et somme de quarante livres tournois, payable le tier en commençant ladite besoigne, le tier au milieu et l’autre tier à la fin, après qu’elle sera parfaicte et receue, et à condition que ledict seigneur lui fournira sur place tous matériaux nécessaires, en sorte que ledict Noton ne sera tenu d’y employer que sa main et son travail. De plus ont convenu et accordé que ledict Noton entretiendra ledit chasteau, ensemble l’escurie, et la tour de l’escallier du jardin bien et deument couvert pendant dix ans entiers et sécutifs13 à commencer d’aujourd’huy en un an pendant lequel temps il sera tenu d’y travailler, toutefois et quantes qu’il sera nécessaire ce qu’il en sera adverty de la part dudict seigneur, en ce touttes fois qui concerne son mestier, et à condition que tous matériaux lui seront fournys sur place, et que ledict seigneur lui paiera une pistolle d’or14 pour chasque année, moytié à Pasques, et l’autre moytié à Noël, dont le premier payement se fera à Noël de l’année prochaine mil six cent soixante-sept, et conséquemment les années jusques à la fin et expiration desdictes dix années. Ce que dessus ainsy passé par ledict seigneur, et par ledit Noton sous et avec promesse de l’avoir agré et bien observé chacun de son costé, à peyne de tous despens, dommages & interestz, obligeant respectivement tous leurs biens, submissions renonciation, et clauses requises. Faict à Sainct Jean le Vieux dans la maison des héritiers du sieur de la Biguerne, en présence d’honnête Nicolas Calamard & Jean-Baptiste Monin marchand dudict lieu tesmoins requis. Ledict seigneur a signé, ensemble ledict Monin et non ledict Noton ny Calamard pour ne sçavoir enquis.
[Signé :] F. de Baulrepaire, Monin, et moy notaire royal recevant Fornier

Parmi les toitures à repasser, on mentionne la petite tour de l’escalier du jardin. Cet ouvrage carré, ou ses vestiges, apparaîtrait sur le cadastre de 1826, implanté à trois mètres environ de la façade au midi.

Une partie de cette façade sud, qui menaçait de s’écrouler, incite à penser que l’édifice était rarement occupé par ses possesseurs qui le négligeaient. En 1678, Claudine de Montgeffond, veuve de Joachim de Beaurepaire, décida enfin d’y entreprendre d’importants travaux de maçonnerie. Elle donna procuration à son fidèle Dalivoy15 pour passer un marché avec les maîtres maçons et tailleurs de pierres de Chenavel.

Prisfaict pour Madame de Varey16
Le huictiesme jour du mois de février mil six cens septante huict, avant midy, pardevant moy notaire royal soubzsigné establis en leurs personnes, Me Louis Dallivoy, agissant cette part pour et au nom de Madame la comtesse de Baulrepaire et comme ayant d’elle charge et procuration générale et spécialle d’une part, François Perin Magnard, Benoict Noir, et Antoine Matton maistres tailleurs de pierres et maîtres massons de Chenavel d’autre, lesquels de leur bon gré et voloir ont faict et font entre eux le pris faict que sensuit, scavoir que lesdicts Maistres Massons promettent de démolir la ruine de la muraille de la chambre qui est au dessus du poelle17 du chasteau de Varey, visant18 sur le porche d’iceluy, et la réédifier de la même manière qu’elle a été, et c’est de neuf pieds d’hauteur, et de la largeur dudict porche, veu que ladicte muraille est à présent fendue, et menasse de tomber. Y poseront une croisée et fenestre et de six pieds d’hauteur, et d’une largeur y proportionnée, qu’ils seront tenus de fournir et tailler comme s’appartient dans la pierre de Chenavel, puis sera conduite dans ledict chasteau aux fraix de la dicte dame, laquelle besoigne ils promettent de rendre faicte et parfaicte à dicte d’expertz dans le dernier jour du mois de may prochain, en leur fournissant par ladicte dame tous matériaux auprès de la cisterne dudict chasteau, et la pierre auprès de la porte de l’escurie. Et moyennant le prix et somme de trente livres tournois payable le tier en commencant ladicte besoigne, autre tier au millieu d’icelle, et le reste à la fin après qu’elle sera parfaicte et receue. Et sera loisible auxdicts massons de prendre du bois mort et du mort bois19 dans les forestz de ladicte dame pour faire leurs pontz20, et s’il y en a dans le chasteau qui y soit propre, ils s’en pourront servir sans qu’ils puissent rien prétendre audict bois après qu’il s’en seront servis. Ce que dessus ainsy passé par lesdictes parties sous et aux promesses de l’avoir agré et bien observé de part et d’autre, à peyne de tous despens, dommages et interests, obligations respectives de leurs biens, submissions, renonciations et clauses requises. Faict dans ledict chasteau, en présence François Berthety Me charpentier de St Jean le Vieux, et Marc Perin de Jusurieu tesmoins requis. Lesdicts Dallivoy et Perin ont signé et non lesdicts Noirs, Matton et Berthety pour ne sçavoir enquis.
[signé :] Dalivoy, Perrin, Marc Perrin, Fornier

Le même jour, après le déjeuner probablement pris en commun, on solda les comptes antérieurs.

Quictance pour François Perin, Benoict Noir et les héritiers de Jean et Pierre Matton et de Benoict Perin, et Madame de Baulrepaire
Le huictiesme jour du mois de février mil six cens septante huict, après midy, pardevant moy notaire royal soubzsigné et en présence des temoins cy bas nommé, establis en leurs personnes, François Perin Magnard, et Benoict Noir, maistres tailleurs de pierres et maistres massons de Chenavel, Marc et Claude Perin tant à leurs noms que des héritiers de feu Benoict Perin Magnard leur père, et Antoine Matton aussy tailleur de pierres et masson dudict Chenavel, à son nom et des autres héritiers de feu Pierre Matton son père, et de Jean Matton son oncle dudict lieu, lesquels de leur bon gré solidairement et sans division ont confessé et confessent d’avoir heu et receu des héritiers de Messire Philibert de Baulrepaire en son vivant seigneur et baron dudict lieu Varey, Ogniaz etc, la somme de neuf livres tournois réellement en monoye courante par les mains et des propres deniers de Sr Horace Grégoire bourgeois de Lion, fermier général des revenus de la baronnie dudict Varey cy présent. Et c’est pour reste, fin et entier paiement de celle de sept cent cinquante livres que ledict deffunct seigneur leur devoit payer pour le prix du contract et prisfaict entre eux passé le sixiesme de novembre mil six cens cinquante, receu par feu Me Poguet notaire royal, tellement qu’ils s’en contentent et en quictent les héritiers dudict seigneur avec pact de leur en jamais rien demander ny des leurs. Et réciproquement s’est aussy estably en personne Me Louis Dallivoy agent et procureur général et spécial de dame dame21 Claudine de Montgeffond veufve de messire Joachim de Baulrepaire vivant comte dudict lieu, baron de Varey, etc. tutrice et curatrice de leurs enfants, lequel en ladicte qualité a quicté et deschargé ainsy qu’il quicte et descharge lesdicts Perin, Noir & consorts, de touttes les conditions et obligations dudict prisfaict, en quoy qu’elle puisse consister, pour en avoir esté par eux entièrement satisfaict, à la réserve s’entend d’un bassin à huyle, dont ils desmeurent aussy quictes, moyennant la somme de dix livres, qu’ils ont déduict sur le susdict prix. Et ainsy lesdictes parties aquictées et libres de tous despens, dommages.… Faict audict chasteau de Varey, en présence de François Berthety, maistre charpentier dudict St Jean le Vieux, et Benoict Chaudy thuilier desmeurant en la thuilière de Jujurieux tesmoins requis. Les dicts François et Marc Perin, Grégoire et Dallivoy ont signé, et non les autres susdicts nommés pour ne sçavoir enquis.
[signé :] Gregoire Dalivoy, Perrin, Marc Perrin, Fornier Notaire royal.

Les maîtres de Varey confiants dans leur choix, firent travailler au château deux générations d’artisans qui se relayèrent aux travaux de modifications de l’ancienne forteresse.

Gaspard de Beaurepaire, tout juste arrivé à sa majorité de vingt-cinq ans, poursuivit les réparations ou les modifications entreprises par sa mère. Sa jeunesse lui inspira de rendre la vieille résidence plus conforme à l’esprit du XVIIe siècle hérité de la Renaissance. Dans cet objectif il recourut aux compétences de l’architecte italien Milan CALCIA, demeurant à Bourg-en-Bresse, et passa deux marchés avec les mêmes équipes d’artisans choisies par ses prédécesseurs. Le premier marché comprend la remise en état du château.

Prisfaict pour Monsieur de Varey22
L’an mil six cens septanteneuf, et le dixiesme jour du mois de mars, apres midy, pardevant moy notaire royal soubzigné, et en presence des tesmoins cy bas nommés establis en leurs personnes Messire Gaspard de Baulrepaire comte dudict lieu, baron de Varey &c, d’une part, et Milan Calcia maistre architecte milanois habitant à Bourg en Bresse, François Perin dict Magnard et Benoict Noir maistres tailleurs de pierre et massons de Chenavel d’autre lesquels de leur bon gré et vouloir ont fait entre eux le marché que s’ensuit sçavoir que lesdits maistres promettent de recailler23 tous le bas en dehors de la hauteur necessaire des murailles du chasteau dudict Varey tant du costé de bize que du mattin et prendre despuis la tour ronde qui faict l’angle dudict chasteau de soir et bize, jusques au portal d’iceluy faisant la première entrée auprès de la cisterne, reboucheront tous les trous, et referont l’anglerie de l’engive24 qui est rompue toutte semblable à l’autre qui est entiere. Referont le foyer de la chambre rouge. En la chambre dessus le poele25 où a esté faicte despuis peu une croisée de fenestre, recailleront & boucheront les trous despuis le soûppied26 en haut tout à l’entour, sauf du costé du soir, où ils ne debvrons rien faire que despuis le soûppied jusqu’au plancher d’en haut. En la chambre supérieure de la tour de la prison restabliront la plattebande27 et la couchée de la cheminée, et boucheront les trous dans icelle chambre. Feront la seconde gallerie visant sur le porche de pierre de taille conforme à la première, à la réserve seulement que la pierre sera taillée de vivareste[vive arête, et feront monter la muraille jusqu’au couvert y laissant trois œilz de bœuf, ou davantage sy ledict seigneur le desire pour esclairer la troisiesme gallerie, lesquels œils de bœuf se feront de simple massonerie. En la troisiesme chambre de la grande tour, releveront et reposeront deüment la clef de l’arriere couverte de la fenestre. En la quatriesme chambre de ladicte tour massonneront le grand trou du costé de bise, et y poseront une fenestre de deux pieds en quarré, de plus recailleront et boucheront tous les trous de ladicte chambre dès le souspied jusqu’au couvert, ensemble referont de simple massonneries les deux rierearcades qui y manquent. En la seconde chambre de la grande tour remettront la platte bande et la couchée de la cheminée en bon estat et reposeront la clef de la rierearcade de la croisée et fenestre dans son vray siege. En la sale basse du costé de bize reposeront aussy la plate bande de la cheminée et la couchée d’icelle sera entierement refaicte quarrée en dehors avec ses pantes audedans. En la chambre basse du millieu entre les deux sales mettrons en la cheminée un autre bruchetton28 en place de celuy qui est rompu, conforme à l’autre et restabliront la plattebande et couchée d’icelle comme s’appartient. Et finalement reprendront au porche l’angle du cabinet du costé de soir de six pieds d’hauteur, de pierre de taille en talus et en outre blanchiront & uniront bien et deüment tout le travail des cheminées & fenestres où ils doibvent travailler, et referont le plattelage des foyers d’icelles-là ou sera necessaire. Toute laquelle besoigne lesdicts maistres entrepreneurs promettent de rendre faicte et parfaicte à dicte d’experts dans la prochaine feste Nativité st Jean Baptiste en leur fournissant par ledict seigneur tous matériaux sur place proche de la cisterne dudict chasteau, et seront tenus lesdicts maistres de tailler dans la pierre de Chenavel touttes les pieces necessaires audict travail, et ledict seigneur d’en faire faire le charroy. Le present marché estant ainsy conclud et arresté pour et moyennant le prix et somme de cent trente-cinq livres tounois payable le tier en commençant ladicte besoigne, autre tier au millieu d’icelle, et le reste à la fin après qu’elle sera parfaicte & receüe, et à l’instant ledict seigneur a payé & delivré auxdicts maistres la somme de quarante-cinq livres réellement & comptant en bonne monoye courante, pour le premier terme dudict prisfaict dont ils se contentent, et l’en quictent. Tout ce que dessus ainsy convenu entre lesdictes parties soûs & aux promesses de l’avoir agré et bien observe chacun en ce qui le concerne à peyne de tous despens dommages & interests, obligeant respectivement tous leurs biens, mesme lesdicts maistres les leurs solidairement & sans division avec leur soûmissions, renonciations & clauses requises. Faict dans ledict chasteau de Varey en presence de Me François Brunet Procureur d’office dudict lieu, et Marc Perin de Jusurieu tesmoins requis, qui ont signé avec les parties, sauf ledict Noir pour ne sçavoir enquis.

La même année, quelques mois plus tard, il entreprit de moderniser l’édifice.

Prisfaict entre le seigneur baron de Varey, Milan Calcia et consorts29
L’an mil six cens septanteneuf, et le treziesme jour du mois de décembre, avant midy, pardevant moy notaire royal soûssigné, en présence des tesmoins cy bas nommez establis en leur personne Messire Gaspard de Baulrepaire comte et seigneur dudict lieu, Varey, Ogniaz &c, d’une part, Milan Calcia maistre architecte habitant à Bourg en Bresse, François Perin Magnard et Benoict Noir maistres tailleurs de pierre et massons de Chenavel d’autre, lesquelles parties de leur bon gré et vouloir ont faict et font entre eux le prisfaict et marché que s’ensuit sçavoir, que lesdits maistres promettent de faire et construire à n’œuf un peron devant la porte de l’entrée du château dudict Varey proche la cisterne30 de la hauteur de la terrasse31 qui est devant le portal32 d’en haut dudict château, et sera faict de deux descentes, l’une du costé du vent, et l’autre du costé de bize, icelles composées de cinquante marches et davantage s’il est nécessaire, châque marche de neuf pieds et demy de largeur, six poulces d’hauteur, et un pied de foulée, partie d’icelles de deux piéces, et partie de trois, l’appuy33 desdits degrés sera faict à rampant d’un pied d’espaisseur de muraille cadetté34, recouvert avec des pierres de taille par dessus et d’une d’une hauteur convenable. La platte forme sera de neuf pieds et demy en quarré bien cadetté de pierre de taille. Feront une voûte dessoûs ladite platte forme tant large que haute que faire se pourra, pour servir d’entrée au mesme endroict qu’elle est à présent. Feront quatre piliers de pierre de taille chacun de deux pieds de longueur, et un pied et demy de largeur, et la hauteur convenable pour porter la voute qui sera faicte de la longueur de la terrasse en cinq arcades de pierre de taille d’un pillier à l’autre, servant aussy pour élargir ladicte terrasse, à proportion du peron du costé du mattin, et de la largeur qui est despuis la muraille du château, jusqu’à celle de la tour du degré du jardin, du costé du soir, sera ladicte voute faites de touz35, la terrasse pavée de cailloux, et les appuys d’icelle d’une hauteur convenable cadettés de pierres de taille. De plus feront un portal de pierre de taille en rustique36 en la muraille du bourg dudict Varey correspondant à droicte veüe au susdict peron, conformement au dessein que lesdicts maitres en ont donné audict seigneur düment signé et paraphé, iceluy portal de dix pieds de largeur et quinze d’hauteur dans œuvre, avec son cordon par dessus la platte bande, et une voute par derrière le bandeau, de largeur & longueur convenable pour porter l’espaisseur des murailles. Les murailles au costés du portal ne seront que de cinq pieds d’espaisseur, bien que par le dessein elles paroissent plus espaisses et disposeront le tout de telle sorte pour un pont levis qu’il ne reste qu’à y poser la charpenterie. Feront une terrasse37 de la longueur qui s’estendra despuis le pont levis jusqu’au grand chemin38 au delà du fossé dudict bourg, dont les murailles seront de trois pieds d’espaisseur jusques rez terre, et celle des appuys d’un pied et demy, et le tout compris de vingt pieds de largeur, quoy que le dessein en montre davantage. Lesdicts appuys seront cadettés de pierres de taille, ladicte terrasse ramplie de terre, et pavée de cailloux. Finalement paveront de simple pierre le dessus dudict portal, et le couvriront de thuile à couppe que ledict seigneur leur fournira, et en outre feront une muraille et la fondation de nouveau, de dix pieds d’hauteur, et un pied et demy d’espaisseur, dès l’angliere39 du château du costé du mattin jusque à celle du bâtiment des cuves, et la couvriront des thuiles que ledict seigneur leur fournira, feront en icelle une porte de pierre de taille de trois pieds et demy de largeur et sept pieds d’hauteur. Demeurent tenus lesdits maistres de fournir dans la pierre de Chenavel toutte la pierre de taille nécessaire audict travail, et ledict seigneur d’en faire faire le charroy, de mesme que des touz destinez pour les voutes, qu’ils tireront et tailleront aux endroicts les plus proches et les plus commodes. Demeurent encore tenus iceux maistres de se fournir sur place la chaux, sable et eau nécessaires audict travail, et ledict seigneur les cailloux, les simples pierres, et la terre pour rempli les terrasses qu’ils prendront dans les fossés dudict Bourg. Emploieront et prendront les pierres d’alentour du chasteau appartenant audict seigneur, dans les endroicts où elles sont, mesme celles qui sortiront des démolitions qu’ils seront obligez de faire, sans pouvoir néantmoins toucher aux pierres de taille attendu que ledit seigneur se les réserve. Sera tenu encore de leur fournir dans ses forests le bois nécessaire à faire leurs pontz. Toutte laquelle besoigne iceux maistres promettent de rendre faicte, parfaicte et le mieux elaborée que faire se pourra, moytié dans la prochaine feste st Martin d’hyver, et l’autre moytié une année apres, à pareil jour, à commencer par le peron et ce qui s’en ensuit, et finir par la muraille servant de cloture à la cour de devant la chappelle du costé de bise ; moyennant le prix et somme de sept cens cinquante livres tournois payable par ledict seigneur de temps en temps à proportion du travail qui se trouvera faict, sans pouvoir néantmoins estre contraint de leur payer que la moytié de ladicte somme jusques à la st Martin prochaine, encore que le travail se trouveroit avancé plus de la moytié, et le surplus à la fin, après que ladicte besoigne sera parfaicte & receüe. Promet néantmoins de leur fournir par avance la somme de quarante-cinq livres dans les prochaines festes de Noel et en outre de leur délivrer quatre asnées de vin pur & franc en plusieurs fois à mesure que les travaux s’avanceront et pour estrenes leur a donné la somme de trois livres réellement et comptant, dont ils se contentent Et au surplus promettent lesdictes parties d’avoir agré et bien observé chacun de son costé le contenu cy dessus, à peyne de tous dépens, dommages & interests, obligeant respectivement tous leurs biens, mesme lesdicts maistres les leurs lun pour l’autre et l’un d’eux seul pour le tout sans division au bénéfice de laquelle ils renoncent, avec les soûmissions, renonciations & clauses requises. Faict dans ledict château de Varey, en presence de Me François Brunet Procureur fiscal de la baronnie dudict Varey Marc Perin de Jusurieu et André Muthod dudict Varey témoins requis, ledict seigneur a signé avec ledict Calcia, François et Marc Perin et Me Brunet et non lesdicts Noir et Muthod pour ne sçavoir enquis.
[signé :] Baulrepaire, Miland Calcia, Fperrin, Marc Perrin, Brunet, Fornier notaire royal

Cette commande donne des indications intéressantes sur l’aménagement et l’organisation des lieux vers le milieu du XVIIe siècle :

  • L’accès charretier au château et ses dépendances se pratiquaient uniquement par le nord ;
  • Une terrasse existait déjà en façade sud du château, elle desservait l’entrée principale de l’édifice, comme actuellement ;
  • Une tour, appelée la tour des escaliers, permettait de descendre au jardin ; indépendante, elle était séparée d’une distance de neuf pieds et demi de distance de la muraille sud du château.
  • La chapelle Saint-Laurent était bâtie dans la partie sud de la place, en bordure du rempart. Elle pourrait être représentée par le bâtiment cadastré n° 1429, qualifié de « masure » au cadastre napoléonien.
  • Un mur de clôture ruiné s’étendait de l’angle nord-est du château jusqu’à la cuverie, entre le bourg de la citadelle et la place située devant l’entrée de la chapelle Saint-Laurent. Cette place était publique en 162940.
  • Une citerne se situait au sud-ouest de cette place, près de la chaufferie actuelle.

Plus tard, Gaspard de Beaurepaire réalisa quelques modifications dans le but de protéger son intimité et de donner une touche de modernité à sa résidence occasionnelle. Il ferma l’accès charretier du château par la rue du Bourg et perça un nouvel accès au sud-est de la cour sur le chemin de la Grand-vigne. Une chaussée41 et un pont levis placé au niveau de la muraille d’enceinte autorisaient le franchissement du fossé. Entrant dans la cour, le visiteur devait découvrir, dans la perspective imposante du château, un nouvel escalier monumental à deux volées opposées, aboutissant à la terrasse sud élargie, d’où l’on pénétrait dans le château.

En l’absence de quittance archivée, il est impossible d’affirmer que l’élargissement de la terrasse et les escaliers monumentaux furent réalisés, mais rien ne vient l’infirmer. Le doute restera puisque les matériaux de la démolition partielle du château furent vendus en 1794, le 11 ventôse an II, sur ordre d’Albite. Les parties les plus accessibles furent sans doute démantelées en priorité.

Des couverts neufs et un contrat d’entretien

Afin d’éviter l’altération des bois de charpente, les conséquentes surfaces de toitures nécessitaient une surveillance et un entretien constants. C’est un budget conséquent mais indispensable à la sauvegarde des immeubles. Dans les premiers temps les propriétaires avaient intégré cette charge financière dans les baux des fermiers de Varey. Peu efficace, cette manière de procéder fut modifiée à l’occasion d’une réfection générale des toitures, où les couvreurs se sont vu confier un contrat d’entretien de dix ans.

Prixfait passé par Me François Brunet pour le comte de Beaurepaire42.
Le vingtiesme jour du mois d’avril mil sept centz après midy, pardevant moy notaire royal soubsigné et en présence des tesmoins bas nomméz, estably en la personne Me François Brunet procureur fiscal du mandement de Varey lequel pour et au nom de Me Gaspard de Beaurepaire chevalier comte dudit lieu baron dudit Varey et autres places, donne à prixfait par ceste à Nicolas et Jean-François Notton frères maistres recouvreurs à Poncin cy présentz et acceptantz à scavoir de recouvrir à neuf et entièrement les couvertz du chasteau dudit Varey ruinés, tenaliers43, maison de Ronchan et colombier et généralement les couvertz dépendants du chasteau dudit Varey à la réserve de la maison située dans les vignes de la Verdattière44 et l’hasle de st Jean le Vieux. Mettront et charpenteront payement commencera à la st Martin prochaine et ainsy à continuer semblable payement durant lesdictes annez. Lesquelles expirez lesdits frères Notton rendront lesdits couverts en bon état à dire d’expertz et leur sera fourny pour ledit entretien tous les matériaux nécessaires dans lesdites cours dudit chateau, et à été néantmoins convenu entre les parties qu’au cas d’accident sur ledit chateau d’incendie ou feu du ciel, même par une grêle qui pourroit briser entièrement les thuiles, l’un desdits ans arrivant lesdits frères Notton ne seront tenus ausdites réparations, toutes les autres demeurantz à la charge comme il est cy dessus expliqué. Et pour l’observation du contenu au present contract lesdits frères Notton obligent solidairement leurs biens présentz et advenir. Et ledit Me Brunet pour les sommes promises ceux dudit seigneur de varey submissions renonciation et clauses requises. Fait et passé à St Jean le Vieux dans la maison de Me Claude Monin vis-châtelain dudit Varey, en présence de Jean Baptiste Nalliod et de François Bergeron dudit lieu tesmoins requis et appeléz. Ledit Nalliod à signé avec ledit Nicolas Notton et ledit Me Brunet non ledit Nicolas Notton, ny ledit Bergeron tesmoins, pour ne scavoir de ce enquis. Et avant la stipulation de ceste, ledit Me Brunet qualité qu’il agit a promis ausdits frères Notton de leur fournir une chambre dans le chateau dudit Varey pour y faire leur demeure pendant quilz travailleront au susdit prixfait en premier lieu, que lesdits Notton remettront au mesme état quelle se treuve lorsqu’on leurs en remettra les clefz, laquelle remise se fera dans demain.
[signé :] Brunet, JF Notton, JF Nalliod, et moy notaire royal recevant Gorraty

Réparation du pressoir

Pressoir à colonneaux.jpg

Pressoir à colonneaux de Pérouges, semblable à celui de Varey - Carte postale

À l’approche des vendanges de 1677, le pressoir du château était très endommagé : il nécessitait de grosses et urgentes réparations. Elles furent commandées par Louis Dallivoy, déjà cité, sous forme d’un contrat rédigé par Me François Gorraty.

Prix faict pour ladicte dame45
Au mesme instant, estably en sa personne Sr Louis Dallivoy, agent de Madame la comtesse de Varey, lequel étant en ceste qualité que comme fondé de procuration de ladicte dame de son bon gré, a donné comme par ces présentes il donne à tasche et prisfaict, à François Bertety, Me charpentier de St Jean le Vieux cy présent et la charge prenant, à scavoir de mettre deux collonneaux nœufs bois chesne au pressoir de ladicte dame de Varey, et iceux rendre deuement posés comme s’apartient et à dicte dexperts dans huict jours prochains. Ce que ledict Bertety a promis faire en fournissant par ledict Sr Dallivoy qualite quil agit ou aultre ayant charge de ladicte dame, tout bois en bois et bois sec sur place, moyennant la somme de douze livres et vingt sols deslivrées que luy seront payéz apres le present faict parfaict et deument receue, à peyne de tous despens dommages et interests obligeants lesdictes parties tous leurs biens respectivement, avec les subornations renonciations et clauses requises. Faict à St Jean le Vieux dans mon estude en presence de Sr Jean Baptiste Rosier et Paul Janeaz de Varey tesmoins requis. Le sieur Dallivoy a signé non les autres pour ne scavoir de ce enquis.
[signé :] Dalivoy, et moy notaire royal recevant F Gorraty
[Quittance marginale :] Il y a un receu au bas de l’expédition de ladicte dame par lequel les parties se quictent reciproquement le 17e 8bre[octobre 1677.

La chapelle Saint-Laurent

Placée sous le vocable de saint Laurent, elle était édifiée séparément de la résidence seigneuriale, près du rempart sud46, bien identifiable depuis la vallée. Fondée par les seigneurs de Varey, qui en étaient les patrons, elle possédait des terres, prés, vignes, et même, au XVIIe siècle, une tour édifiée à Vieux ; les recteurs en tiraient des bénéfices personnels.

En 1605, son desserviteur47 était le prêtre Anatole Goy. Il amodia les terres sises à Saint-Jean-le-Vieux48 au laboureur Poncet et à Anthoine Fornier Rosset, Un autre recteur fut Messire Philippe Jaillard, également curé de la paroisse de Saint-Jean-le-Vieux. Jean-Baptiste Rouzier le remplaça à son décès en 1650.

Présentation de la chapelle de st Laurent dans le Bourg de Varey, saint Anthoyne et st François dans l’esglise parrochialle de St Jean le Vieux au prouffict de Mre Jean Baptiste Rosier prebtre vicaire à l’Abergement.49
Au nom de Dieu soit que comme le patronage de droict de presenter les chapelles st Laurent situé dans le Bourg de Varey, et celles de sainct Anthoyne, et st François fondées en l’esglise parrochialle[paroissiale de Sainct Jean le Vieulx diocèse de Lyon soit et appartient au seigneur dudict Varey et que le divin service ordonné y estre faict soit à present cessant par le décès n’a guerre[naguère advenu de Mre Philippe Jaillard, en son vivant prebtre et curé de ladicte esglise parrochialle dudict St Jean dernier recteur, et paisible possesseur et prébendier d’icelles trois chapelles suyvant les provisions qu’il en avoit sur la présentation et nommination que luy en auroit esté faicte par les seigneur & dame dudict Varey patrons. A ceste cause affin que le divin service soit faict et continué ausdictes chapelles, conformement aux fondations s’est personnellement estably & constitué Phillibert de Baulrepaire seigneur dudict lieu, Varey, Jusurieu, etc. comme père et légittime administrateur de ses et de feue dame Nicole Dugnye enfants en son vivant dame desdicts lieulx, lequel sage de sa grace spécialle estant bien et deüement informé et… de la bonne vie & doctrine de Mre Jean Baptiste Rosier prebtre vicaire à l’Abergement, attendu laquelle il desire de luy presenter et conférer lesdictes trois chapelles ensemblement. Scavoir celle de saint Laurent du Bourg de Varey, et celles de st Anthoine, et de sainct François de ladicte esglise parrochialle de St Jean le Vieulx. Et à ce moyen il leur luy présente, et confére par ces presentes, bien qu’il soit absent, moy notaire pour luy recevant pour d’icelles joüir avec les droicts revenus & esmolumentz et charges en dépendantz, y faire & célébrer le divin service porté par les fondations mesme en ladicte chapelle du Bourg dudict Varey la célébration des messes touttes les dimenches et festes solennelles perpétuellement. Et pour celles de sainct Anthoine et de st François jouxte & à forme desdictes fondations, luy commettant[confiant lesdictes trois chapelles, à charge & conscience tant en spirituel que temporel, et de les biens deservir, ainsi que s’appartient, suppliant Monseigneur le révérendissime, et éminentissime Archevesque de Lyon, ou son vicaire général de luy octroyer sur ce touttes lettres d’institution et provisions requises, affirmant ledict seigneur presentateur par serment que en la présente nomination & présentation n’est intervenue ny interviendra dol fraude simonie ny autre pact illicite. Et promet l’avoir pour aggréable, et ne venir jamais au contraire, à peyne de tous despens dommages & intérest obligations de ses biens. Faict, leu et releu, audict Sainct Jean le Vieulx dans la maison de moydict notaire ce jourd'huy dernier du mois d’octobre avant midy mil six cents cinquante, en présence de sieur Claude Grisy de Lons le Saulnier desmeurant avec ledict seigneur, honneste Nicollas Calamard marchand dudict Sainct Jean le Vieulx Boniface Devaulx et Anthoine Poncet dudict lieu, tesmoins requis. Ledict seigneur a signé avec lesdicts Grisy, Devaulx et Poncet, et non ledict Calamard pour ne scavoir enquis.
[signé :] P de Baulrepaire, C Grisy, A Poncet, Devaulx, et moy notaire tabellion royal recevant Fornier
[mention marginale :] Ledict Jaillard est décédé à mains joinctes le dimenche trentiesme octobre entre les dix à unze heures du soyr, Dieu ait son ame.

Jean Baptiste Rouzier assura temporairement le service divin de l’église paroissiale avant l’arrivée de Messire Nicolas Cudier, le 10 novembre 1650. À partir de 1652, le chapelain de Varey acensa à Grégoire Charretton « la Tour », maison d’habitation proche de la rivière d’Oiselon et de la halle, moyennant quatre livres par an, pour une durée de quatre années50. En 1668 Jean Baptiste Rouzier était également prêtre curé à Pont d’Ain. En 1671 il amodia tous les biens et rentes de la chapelle Saint Laurent à Pierre Dufaix, originaire de Tarare, installé en tant que marchand muletier à Saint-Jean-le-Vieux.

Cense pour le Chappellain de Varey51
L’an mil six cens septante un, et le troisiesme jour du mois d’avril, après midy, pardevant moy notaire royal soubzsigné et en presence des tesmoins cy bas nommez estably en personne Mre Jean Baptiste Rouzier Prebtre curé du Pontdain, et chappellain de Varey, lequel de ses gré et voloir en ladite qualité de chappellain, baille en admodiation par ceste, à Pierre Dufaix habitant à St Jean le Vieux présent et acceptant à scavoir tous les biens, fonds & revenus dépendants de la chappelle St-Laurent du Bourg de Varey, qui consistent, en une maison appellée La Tour située audit Saint-Jean-le-Vieux sur le bord de la rivière d’Oyselon, proche la halle, deux parcelles de pré en Arpillie ; deux autres parcelles de pré à Aulterive, l’une appellée sous les Combes, et l’autre sur le Moulin autrement aux Taillées ; un pré appellé vers les Seytives autrement au pré Devaux ; une terre appellée terre des prestres autrement en Plantamalan ; autre terre appelée aux Piccattières. La rente annuelle de quatre livres à prendre vers les héritiers de Claude Fretellat de St Jean le Vieux. Celle de quinze sols à prendre vers les héritiers Barthellemye Guy dudit lieu. Et celle de quarante sols à prendre vers les héritiers de Jean Perod de Dallivoy. Se réservant ledit sieur Rouzier celle de quatre livres deue par l’hoirie de noble Gaspard d’Orset de Jusurieu52. Jouxte desdits biens leurs meilleures situations, contenues et confins icy tenus pour exprimez, dont ledit Dufaix desclare estre amplement informé. La présente admodiation estant passée pour six années, et six prinses entières et sécutives, dont la présente sera comptée pour la première. Moyennant le prix et somme de huictante sept livres tournois pour chasque année, payable à chacune feste sainct Martin d’Hyver durant le temps susdit dont le premier payement se fera à la prochaine, comme promet ledit Dufaix à peyne de tous dépens, dommages & interestz, obligeant sa personne & biens. Outre lequel prix il promet de tenir la susdite maison deüment regottoyée53 durant lesdits six ans, et de planter dans lesdits prés aux endroictz les plus propres deux douzaines de plançons de saule pour une fois. Et attendu que la susdite terre des Piccattières est à présent ensemencée de froment, a esté convenu que ledit Dufaix procedera le tier de la prinse54 à la prochaine récolte pour le droict propriétaire. Moyennant quoy il sera tenu de laisser la mesme terre aussy ensemencée de froment la dernière année de cette ferme, ou il aura les deux tiers de la prinse comme cultivateur, et ledit Sr Rouzier l’autre tier comme propriétaire. Ce que dessus passé par lesdictes parties sous et avec promesse de l’avoir agré et bien observé chacun de son costé, mesme ledit sieur Rouzier de maintenir lesdits biens audit Dufaix durant le temps susdit, l’en faire joüir paisiblement, et luy fournir les titres nécessaires pour contraindre les débiteurs desdites rentes au payement d’icelles en cas de refus. A peyne et obligation susdite, soumission renonciation et clauses requises. Faict à St Jean le Vieux dans la maison dudit Dufaix, en présence de Benoict Cudier Jacottin laboureur et Loüis Chavent mareschal dudit lieu tesmoins requis, ledit sieur Rouzier a signé et non ledit Dufaix ny tesmoins pour ne sçavoir enquis.
[signé :] Rouzier curé et chapelain de Varey, Et moy notaire royal Fornier

Jean Baptiste Rouzier officia comme recteur de la chapelle jusqu’en 1684, date où il trouva un remplaçant.

Acte de mise en possession de la chapelle St Laurent de Varey, en faveur de Mre Claude Megret.55
Le dixiesme jour du mois de julliet mil six centz huictante quatre sur les trois heures de l’après midi, pardevant moy notaire royal soubsigné, et en présence des tesmoins bas nommés, a comparu Claude Megret, présent et curé de Mattafelon, tenant en ses mains des lettres de provision de la chapelle Saint-Laurent de Varey, à luy concédée par Madame la comtesse de Beaurepaire dame de Varey, par le désir arrivé de Messire Jean-Baptiste Rouzier prestre et dernier desserviteur d’icelle comme se void par lesdites lettres de provision et l’institution par lui obtenue de Monsieur de Morange vicaire général au temporel et spirituel de Monseigneur larchevesque de Lyon deument signés et scellés, le vingt-quatre juin de la présente année mil six cents huictante quatre, lesquelles lettres de provision et institution il a exibé et produites en mains de Mre Nicolas Cudier prêtre et curé de St Jean le Vieux, le requérant de le voulloir mettre en possession de ladite chapelle à laquelle requeste adhérant et lecture faite des susdites lettres de provision et institution, il a mis et met en possession et jouissance de ladite chapelle et de tous les droits et revenus en dépendant. Puis après aspersion d’eau bénite il lamène et conduit au coin de lautel que ledit sieur Megret a touché et baisé avec toutes les autres cérémonies à la manière ecclésiastique, et ensuite a pris la corde de la cloche de ladite chapelle et a sonné en signe de vraye réelle et actuelle possession. De tout quoy ledit sieur Megret a requis acte que je luy ay octroyé pour lui servir et valloir ce que de raison, audevant ladite chapelle, en présence de Me Jean-Baptiste Monin greffier du mandement de Varey et de François Marcel dudit Varey et de plusieurs aultres habitants dudit lieu qui n… seu signé la s…
[signé :] Megret prestre, Cudier curé, Monin, F Marcel, et moy notaire royal recevant Gorraty.
Desdits an et jour.
Inventaire des ornements de la dite chapelle St-Laurent de Varey dudit Varey pris à la réquisition du sieur Megret incontinent après la mise en possession de ladite chapelle.
Premièrement, un vieux calice d’estain ; trois chasubles, une de tabi56 rouge, l’autre de sattin bleu à fleurs, et la troisiesme de fustaine garnie avec une aulne et demie de ligatture laine, plus trois napes, une aulbe et trois amietz57 et un surplis toille grossière, et finalement deux vieux missels en partie rompus et délyés. Le tout veu et recogneu en présence dudit Sr Cudier, curé dudit, sieur Monin greffier, et dudit François Marcel qui ont tous signé.

Gaspard de Beaurepaire, en tant que patron et nominateur de la chapelle Saint Laurent, échangea58 la tour de Saint-Jean-le-Vieux le 23 décembre 1698, contre une terre appartenant à Messire Joseph Jordain, conseiller du Roi et garde des sceaux près le présidial de Bresse, résidant près de la halle. Cet édifice comportant deux niveaux, presque en ruine, estimé seulement à 120 livres, est décrit comme « une chambre soit une espèce de tour située audit St Jean le Vieux près la halle dudit lieu, laquelle tour dépend de ladite chapelle, qui se confine à la rivière d’Oiselon du matin, maison dudit sieur Jordain du soir, jardin dudit sieur Jourdain du vent et encore la place luy appartenant et abergée59 à ses auteurs60 par le seigneur de Varey, par laquelle le passage pour aller dans ladite tour dépend de bize, lequel passage est compris dans le présent échange ».

Ni la tour, pas plus que la chapelle, n’ont résisté aux affres du temps. En 1915 une pierre d’autel aurait été exhaussée près du rempart sud de la citadelle, non loin de l’emplacement présumé de l’ancien édifice.

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1820_Château de Varey en ruine_Intérieur_par Duclaux.jpg

Intérieur du château de Varey - Dessin de A. J. Duclaux vers 1820 - Photo F. Calvet

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1 Source : The Teutonic name system applied to the familly names of Franve, England & Germany, Robert Ferguson, 1864.
2 Histoire de la réunion à la France des provinces de Bresse et Bugey, Jules Baux, Bourg, 1852. Citation d’un acte d’acquisition reçu par le notaire Laporte, contenu dans les titres d’Ambronay, page 293.
3 Les vallées du Bugey, tome II, page 275, Baron Achille Raverat, 1867.
4 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1497, f°IX.
5 Sœur de Nicole d’Ugnye, fille de Renée de l’Aubespin
6 Ancienne chartreuse située en bordure du Rhône, sur la commune de La Balme les Grottes, Isère.
7 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1543, f°119-Vente pour Pierre Poguet châtelain de Varey.
8 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1547, f°290. 1664.
9 Prisfaict : devis, prix fait.
10 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1549, f°87.
11 Il s’agit de François Emmanuel né vers 1636, frère de Joachim né vers 1624 (Sources : Généalogie de la maison de Beaurepaire).
12 Remanier : le remaniement est un terme de couvreur. Le travail consiste à enlever les tuiles, latter à neuf, sonner et brosser les tuiles récupérées, recouvrir avec les anciennes tuiles et un complément.
13 Sécutif : consécutifs.
14 Monnaie de même poids que le Louis d’or de France circulant à cette époque.
15 Me Louis Dalivoy, était alors praticien à Beaurepaire en Bresse ; par la suite il fut notaire royal au même lieu.
16 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1555, f°274.
17 Poelle : ou poesle, pièce chauffée par un fourneau, appareil destiné à chauffer (Dic. du Moyen Français).
18 Synonyme de regardant.
19 Bois mort : le bois qui a séché sur pied. Mort Bois : mauvais bois, bois juste bon à faire du feu.
20 Pont : plateau de bois pour franchir le vide entre deux ouvrages.
21 Dame dame : le premier mot était un titre équivalent à seigneur.
22 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1556, f°20.
23 Recailler : ou rocailler, c’est-à-dire rejointoyer, repasser les joints.
24 Equivalant probablement à « … referont la nervure de l’ogive qui est rompue… ».
25 Poele : voir poelle, ci-avant.
26 Soûpied : ou sous-pied, sorte de plancher posé sur les dalles de pierre pour isolation du froid et le l’humidité. Employé au pluriel, ce mot désigne également des chevrons d’un plancher ou travons.
27 Plattebande : en architecture, moulure sans ornement de peu de saillie.
28 Bruchetton : pourrait désigner la broche scellée dans l’âtre pour pendre des ustensiles.
29 Source : Archives départementales de l’Ain, sous-série 3E, cote 1556, f°99.
30 Cisterne : citerne. Il est de notoriété qu’une ancienne citerne se trouvait côté est de la chaufferie actuelle.
31 Terrasse : tertre artificiel élevé.
32 Portal : portail, porte (Dictionnaire du Moyen Français). Le portail d’en haut serait l’entrée principale, celle qui accède directement au niveau supérieur, depuis la terrasse, comme actuellement.
33 Appuys : ou apuis, mur servant de rampe pour un escalier, ou à appuyer les coudes au bord d’une terrasse, garde-corps en maçonnerie.
34 Cadetter : paver.
35 Tou : ou thou, aqueduc de vidange d’un étang traversant la digue à sa base, obturé à sa naissance par une vanne en forme de pelle. Ici le mot est probablement employé pour désigner les dalles posées entre les cinq arcades construites et le mur de la terrasse existante.
36 Rustique : en architecture, l’ordre rustique ou toscan est un ordre dont les colonnes ou les membres de l’entablement sont ornés de bossages vermiculés.
37 Ce tertre artificiel était maintenu entre deux murs ; il servait de chemin pour relier le pont levis à la rive extérieure du fossé de défense. Les murs étaient surmontés d’appuis en maçonnerie servant de garde-corps.
38 Autrement le chemin de la Grand-Vigne.
39 Angliere : lieu terminé en angle. Probablement l’angle N-E.
40 Acte passé en 1629 au-devant la chapelle, sur la place publique du Bourg de Varey. Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1518, f°329.
41 Chaussée : levée de terre.
42 Source : Archives départementales de l’Ain 3E, cote 1585, f°63.
43 Tenallier : Mot local. Synonyme de tonnelerie, cuverie.
44 Le fief de la Verdatière, situé à Varey avec les vignes et la maison forte, fut acquis par Gaspard de Beaurepaire en 1696. À cette occasion, la toiture de lauzes fut remplacée par une couverture en tuiles.
45 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1572, f°96. Ce « prisfait » est passé le même jour, après la signature d’un fermage pour le compte de Madame de Mongeffond.
46 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1518, f°329. Acte passé en 1629 au-devant la chapelle, sur la place publique du Bourg de Varey.
47 Desserviteur : celui qui desservait, c’est-à-dire rendait le service à quelque charge ou bénéfice.
48 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1497, f°48 et 57.
49 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1533, f°308.
50 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1535, f°292.
51 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1553, f°107.
52 Décédé le 8 décembre 1616 à Jujurieux. Gaspard d’Orset avait donc signé une reconnaissance en faveur de la chapelle de Varey. Sa maison fut transformée en collège.
53 Regottoyer : supprimer les gouttières d’une couverture en tuiles.
54 Prinse : terme local désignant le prélèvement de la dîme.
55 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1577, f°55 et 56.
56 Tabi : ou attabi, étoffe d’aspect ondoyant d’origine turc.
57 Amiet : habit dont le prêtre s’affuble le premier.
58 Source : Archives départementales de l’Ain sous-série 3E, cote 1608, f°16.
59 Aberger : ou alberger, mot régional qui signifiait donner en emphitéose.
60 Cet emplacement était la moitié de l’emplacement des anciennes halles, qui ont fait l’objet de divers contentieux pendant un siècle, jusqu’en 1720.

Date de création : 24/12/2018 @ 15:58
Dernière modification : 24/12/2018 @ 15:58
Catégorie : CONTENU - VAREY CHATELLENIE FRANCAISE
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